Madagascar : le défi d’une mission immense
Avec près de 5 000 kilomètres de côtes et plus d’un million de kilomètres carrés de zones sous juridiction, à proximité de routes maritimes stratégiques, Madagascar se pose sans conteste comme un pilier régional disposant de moyens de développement tournés vers la mer. L’enjeu est à la fois politique, maritime, économique et environnemental. Le gouvernement actuel mis en place par le Président Marc Ravalomanana à l’issue des dernières élections législatives de septembre 2007, a fait du développement du concept d’Action de l’Etat en Mer (AEM) sa priorité pour l’année 2008.
VERS UNE MEILLEURE COORDINATION DES MOYENS
La défense des intérêts nationaux et de la souveraineté d’un pays débute dans ses approches maritimes. Les récentes évolutions stratégiques des grandes nations maritimes, portant la défense du territoire bien au delà des frontières terrestres, marquent la nécessité d’une posture permanente de sauvegarde maritime.
La ratification par Madagascar de la convention des Nations Unies sur le droit de la mer en l’an 2000 fixe clairement la volonté du pays dans ce domaine. La politique actuelle de l’Etat malgache, visant à restaurer l’autorité de l’Etat partout sur le territoire, à éradiquer la pauvreté et à favoriser le développement harmonieux de la Grande île, ne peut en effet en ignorer l’aspect maritime. Assurer la présence de l’Etat en mer permet de valoriser les richesses malgaches, qu’il s’agisse d’exploiter harmonieusement le milieu marin, de se servir des voies de navigation, ou encore de préserver l’ordre et la paix publique des fauteurs de troubles et des trafiquants.

Outre les Forces navales (FN), Madagascar dispose aujourd’hui de six autres administrations qui oeuvrent dans le cadre de l’AEM selon leurs compétences spécifiques et leurs moyens : Gendarmerie Nationale, Centre de Surveillance des Pêches (CSP), Autorité Portuaire Maritime et Fluviale (APMF), Organe de Lutte contre l’Evénement de Pollution marine par hydrocarbures (OLEP), Douanes et Sécurité civile.
Seuls les FN et le CSP disposent de bâtiments capables d’opérer en haute mer. Bien qu’un dialogue, voire même des échanges, se soit récemment instauré entre ces différentes administrations, leurs actions ne sont pas encore totalement coordonnées par une même autorité. Conscient de cette lacune, le gouvernement devrait décider très prochainement de la création d’un ministère spécialement en charge de l’ensemble des sujets liés à la mer ou d’une autorité située entre le chef du gouvernement et les ministres afin d’améliorer l’efficacité et la cohérence du pouvoir de l’Etat.
LES FORCES NAVALES MALGACHES : UN OUTIL POLYVALENT
Madagascar n’a pas aujourd’hui d’ennemi déclaré et les principales menaces proviennent de la mer. Les trois plus importantes activités illicites en mer portant atteinte à l’économie et à la population sont l’exploitation et le trafic illicites des ressources naturelles (pêches, pierres et bois précieux, zébus,..), l’immigration clandestine et le trafic de stupéfiants.
La surveillance des approches maritimes, le maintien de l’ordre public en mer et dans les ports, et toutes missions de service public (contrôle de la navigation, assistance aux biens et aux personnes, protection des ressources et de l’environnement) constituent les missions confiées aux Forces navales. Au service du développement du pays, 46 % des jours de mer effectués en 2007 par les bâtiments des Forces navales l’ont été au profit du sauvetage en mer (79 personnes évacuées) et des opérations de police de la navigation et des pêches (65 visites).
Les FN devraient avoir dans la future organisation AEM un rôle majeur car elles disposent de nombreux atouts :
· bien que le nombre d’unités navigantes soit encore insuffisant eu égard à la superficie de la ZEE, les FN disposent de sept petites unités de haute mer. Son personnel est parfaitement formé soit pour conduire un bâtiment et répondre aux missions, soit dans le domaine du droit maritime dans les écoles de la marine française en général. Le dernier patrouilleur remis au CSP en novembre dernier possède maintenant un équipage mixte civilo-militaire et son commandant, son second et le chef ‘machines’ sont des marins issus des Forces navales ;
· elles sont aujourd’hui la seule des sept administrations impliquées dans l’AEM à disposer de moyens de coercition face à un « client » non coopératif ;
· Elles sont polyvalentes et peuvent répondre aussi bien à une mission de lutte contre une pollution en mer en liaison avec l’OLEP, qu’à une mission de contrôle des pêches en liaison avec le CSP, ou encore à une mission de sauvetage avec l’APMF.

Pour le CA Radavidson, commandant des Forces navales, il conviendra de moderniser l’outil lorsque le cadre juridique de l’AEM sera définitivement mis en place. Le CSP, parce qu’organisme civil, bénéficie depuis sa création de l’aide financière de bailleurs de fonds tels que l’Union Européenne et l’Agence Française pour le Développement. L’identité militaire ne permet pas un tel financement et les seules aides extérieures que reçoivent les FN proviennent de la France, via le projet de coopération marine de la MCMD, des Etats-Unis et de la Chine. Compte tenu du coût d’un patrouilleur neuf, son inscription au sein d’une loi de programmation votée par l’assemblée nationale est nécessaire. Par ailleurs, un accord de coopération bilatérale entre Madagascar et la France, grâce à ses moyens militaires stationnés à La Réunion, est à l’étude sur les deux îles.
L’IMPLICATION DU PROJET DE COOPERATION « MADA 001 » DANS L’AEM
Depuis le milieu des années 90, la France a repris avec Madagascar ses actions de coopération militaire. Le projet ‘Marine’, fort de trois coopérants militaires techniques (1 officier à Tananarive et deux officiers mariniers supérieurs à Diégo Suarez), vise à garantir la mise en œuvre et le maintien en condition des capacités opérationnelles des unités des Forces navales.
Dans le domaine particulier de l’AEM, le projet de coopération a mené au cours de la convention qui le régit les actions suivantes :
Rédaction d’un projet de loi sur l’organisation AEM
Durant l’année 2003, un groupe de travail franco-malgache composé de deux commissaires et de deux officiers de marine, a rédigé différents textes de loi et projets de restructuration des Forces navales pour combler le vide juridique dans ce domaine et mieux articuler les forces navales dans ce contexte inter-ministériel. De même, un guide pratique de police des pêches était finalisé et remis aux commandants d’unité.
Soutien matériel et modernisation des équipements
Afin de remplir les missions qui leur sont dévolues, le projet MADA 001 délivre régulièrement du matériel neuf aux Forces navales. Le projet a également financé l’équipement d’une salle de veille ‘Opérations’, ayant vocation à devenir plus tard un centre de commandement. Cet outil devrait en 2008 permettre aux marins d’échanger plus facilement de l’information maritime avec le CSP, les forces armées de la zone Sud de l’océan Indien (FAZSOI) ou le CROSS La Réunion.
A la demande du ministère de la défense malgache, le chef de projet a également recherché auprès d’industriels français dans le cadre d’une consultation préalable, des chantiers navals susceptibles de proposer un nouveau modèle de patrouilleur pour moderniser la flotte.
Impliqué indirectement car sous l’égide de la DGCID, le projet MADA 001 suit aussi le vaste programme piloté par le service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM) qui a pour objectif la création d’un service civil hydrographique malgache et l’établissement de l’ensemble de la cartographie marine de Madagascar. Le BHO Beautemps Beaupré participe à une première campagne de relevés, de février à mai 2008.
Formation en entraînement des équipages
Grâce à la coopération régionale opérationnelle avec les bâtiments français, des actions de formation et d’entraînement sont régulièrement conduites. Ainsi, tous les ans, le projet en liaison avec les FAZSOI organise un stage AEM au profit de 4 ou 5 officiers des Forces navales afin de leur présenter la structure française qui privilégie le travail en inter-administrations via la coordination effectuée par le préfet maritime ou le délégué du gouvernement. De même, des périodes d’instruction opérationnelle et des exercices type « visitex » sont régulièrement menés lors des escales. En 2007, 15 séances ont ainsi été conduites qui reconnaissent le savoir-faire en la matière de la part des marins malgaches.
La récente prise de conscience du gouvernement malgache de l’importance du concept AEM et de la nécessité d’améliorer l’efficacité de ses services est de bon augure. L’importance des trafics commerciaux, le pillage des ressources halieutiques et la mise en place prochaine d’autoroutes maritimes dans le canal du Mozambique, rendue nécessaire par un flux croissant, et l’installation prochaine de plates-formes pétrolières, imposent un développement rapide de l’AEM. La future convention qui régira le projet de coopération sur la période 2009 - 2014 poursuivra sans aucun doute l’effort français d’ores et déjà entrepris dans ce domaine.


