F.A. n°247 : dossier Guinée
Géographie, histoire, et économie
Mot de l’ambassadeur de France en Guinée, Mme Bernadette Lefort
Mot de l’attaché de défense, le lieutenant-colonel Pauc
Entretien avec le général de division Kerfalla CAMARA, chef d’état-major général des Armées
Les forces armées guinéennes
L’école militaire interarmées (EMIA) de Conakry
L’Intendance
Soutien institutionnel
Le projet des écoles de Manéah
Projet santé et lutte contre le SIDA dans les armées
Le projet transmissions
Mot de l’ambassadeur de France en Guinée, Mme Bernadette Lefort
Sur quels éléments historiques et culturels s’appuient les relations franco-guinéennes ?

Près d’un demi-siècle plus tard, on constate qu’en dépit de relations qui furent par moments orageuses (départ au début des années 1960 d’environ 250 000 Français, principalement des planteurs ; rupture des relations diplomatiques pendant 10 ans de 1965 à 1975), l’attachement des Guinéens à la France reste, qu’on le veuille ou non, vivace. Nombre d’entre eux parlent avec nostalgie de ceux qui leur ont fait connaître la langue et la culture françaises ; d’autres montrent avec fierté leur livret militaire où figurent leurs faits d’armes au service de la France ; d’autres encore s’enorgueillissent d’avoir étudié en France ou d’avoir de la famille dans notre pays.
En revanche, les Français, quant à eux, semblent avoir oublié ces “Rivières du Sud”, “Château d’eau” de l’Afrique de l’Ouest, “scandale géologique”, terre bénie entre toutes qui ne demandait qu’à produire pour autant que l’homme y mette tout son savoir-faire et toute son énergie. Force est d’admettre que la coupure entre la Guinée et la France a été brutale. Trente ans après le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, puis le développement accéléré des échanges, notamment au lendemain de l’avènement en avril 1984 de la II ème République guinéenne, il reste encore du chemin à parcourir pour éliminer les rancœurs du passé et accepter, chacun en ce qui le concerne, ce qui fut une Histoire commune.
Au plan économique, quelle est la situation actuelle ? au plan culturel, quelles sont les actions récentes conduites par nos deux pays ?
Pour nombre d’interlocuteurs guinéens, il est plus facile de travailler avec des Français qu’avec d’autres. Les chiffres semblent corroborer cette assertion tant dans les domaines économique que dans l’aide publique au développement. Au plan économique, la France est le premier fournisseur de la Guinée avec 18 % de parts de marché et, bien qu’en diminution en raison du très net ralentissement de la croissance guinéenne, nos échanges continuent d’afficher un solde excédentaire (environ 40 millions d’euros en 2004). La Guinée est le 103ème client et le 97 ème fournisseur de la France. Les principaux produits exportés par la France sont les biens d’équipement, les produits pharmaceutiques, les produits agroalimentaires et les produits pétroliers raffinés. Les principaux produits importés sont les minerais non ferreux. S’agissant de notre présence économique, on notera que 25 sociétés françaises ont des filiales en Guinée et que 40 sociétés privées y sont établies (près de la moitié des sociétés du secteur formel). Les chiffres pourraient être beaucoup plus importants si la Guinée faisait les efforts nécessaires à une amélioration de l’environnement des affaires qui est aujourd’hui caractérisé notamment par la défaillance du système judiciaire et par la corruption. Au plan culturel, les relations entre les deux pays sont régies par un accord de coopération qui, conclu le 26 juin 1979, n’a connu de véritable essor que dix ans plus tard, sous la IIème République. Dans un pays comme la Guinée où l’Etat manque des moyens nécessaires à la lutte contre la pauvreté qui constitue sa toute première priorité, la culture a tendance à passer au second rang des préoccupations. Aussi, la présence à Conakry d’un Centre culturel franco-guinéen (CCFG) draine une population de tous âges et je dois dire que les grands rendez-vous culturels, tels que le Salon du livre, la semaine des danses et percussions, la semaine du théâtre, la semaine de la francophonie... attirent un public nombreux et de qualité. Non seulement à Conakry, mais aussi dans les régions, la France a développé un programme de mise en place de bibliothèques, accompagné de la formation requise, qui rencontre un franc succès. Face à une politique “d’éducation pour tous”, l’un des objectifs du millénaire pour le développement (OMD), une meilleure maîtrise du français par les enfants d’âge scolaire reste une préoccupation qui mériterait d’être davantage prise en compte.
Quelles sont les orientations actuelles de la France dans la région et en Guinée en particulier ?
Le souci de la France dans la région, y compris en Guinée, est de contribuer à la préservation de la paix et de la stabilité. Cela passe tout d’abord par la prévention, la gestion et le règlement des conflits. A cet égard, la France privilégie une diplomatie s’appuyant sur les organisations régionales, telle l’Union africaine, ou sous-régionales, telles la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union du fleuve Mano (MRU) dont la Guinée est membre, car il appartient en tout premier lieu aux Africains eux-mêmes d’œuvrer en faveur de la paix sur le continent. Parallèlement, il ne peut y avoir de paix sans accompagnement du développement politique et économique de chacun des pays de la région. Pour ce qui est de la

Dans le contexte des relations franco-guinéennes que vous venez de décrire, comment qualifieriez-vous l’action de la coopération militaire et de défense ?
L’action de la coopération militaire et de défense s’inscrit dans le prolongement des actions menées au plan civil. Ainsi, pour ne donner que quelques exemples, la Guinée accuse de sérieux retards dans la formation des cadres, la gestion, la maîtrise du français, son état sanitaire. Eh bien ! Qu’il s’agisse du civil ou du militaire, nous intervenons, à la demande de nos partenaires guinéens, de façon similaire. Je terminerai en donnant pour exemple l’excellente coopération qui existe avec le Service de santé des armées guinéennes qui joue un rôle pilote non seulement en matière de santé, mais aussi de lutte contre la pandémie du SIDA. J’éprouve personnellement quelque fierté à mentionner ce second point, étant parvenue à faire travailler ensemble et sans aucune difficulté civils et militaires dans une “guerre”, vitale s’il en est.
Depuis le 21 octobre 2005, M. Jean-Michel Berrit, ancien ambassadeur de France au Ghana, a succédé à Mme Lefort.
Mot de l’attaché de défense, le lieutenant-colonel Pauc

La coopération militaire franco-guinéenne est une jeune coopération issue de l’accord de coopération militaire technique du 17 avril 1985. Elle est naturellement allée au rythme de l’évolution des relations entre les deux pays parfois plus dynamique et parfois moins, soumise aussi aux réalités économiques qui influent sur nos budgets.
Elle a ainsi connu des périodes plus fastes dans les années 90 pour diminuer sensiblement au cours des années 2000-2002, période où la Guinée était confrontée à de multiples difficultés dont la première d’entre elles a été l’agression aux frontières sud du pays, épisode marquant pour les forces armées guinéennes...
Aujourd’hui, comme le montre l’actualité guinéenne, un nouvel élan se dessine dans le pays. Le gouvernement mène une politique courageuse et dynamique. Il bénéficie de l’appui de la France et des autres bailleurs de fonds, ce qui suscite l’espoir avec en perspective des actions de développement d’envergure.
Dans ce contexte de redémarrage, les forces armées guinéennes sont confrontées au double défi suivant :
faire l’effort sur des capacités vitales pour répondre aux exigences immédiates de la sécurité dans le pays et à ses frontières (intendance, transmissions, gendarmerie...),
investir résolument sur l’avenir pour ouvrir des écoles qui font défaut et traiter énergiquement de graves questions liées à la santé dans les armées.
La Mission de Coopération militaire de Conakry, avec son dispositif restreint de neuf coopérants, s’efforce d’aider les forces armées guinéennes à relever ces défis.
Elle s’implique dans plusieurs projets d’appui aux écoles, à l’intendance, aux transmissions, à la gendarmerie et à la santédans les armées.
Dans toutes ces actions, la formation est résolument la première priorité. La formation des jeunes, notamment les jeunes cadres, est comparable aux “graines plantées en terre” qui renforceront encore demain les capacités des forces armées.
C’est ainsi qu’en 2005, un effort très important a été consenti avec plus du doublement, par rapport à 2004, des missions de courte durée d’experts venus appuyer la mise en place de capacités à former (formation des formateurs).
Cette coopération, avec ses objectifs, a été établie sur la base d’un partenariat étroit et confiant avec la partie guinéenne pour une période de trois années par souci de cohérence et de continuité.
Des perspectives prometteuses laissent espérer une action plus affirmée, notamment en accompagnement de la mise en place de nouvelles écoles dont la pertinence semble avérée pour les forces armées.
Ainsi, deux demandes guinéennes sont d’ores et déjà prises en compte :
l’école nationale des sous-officiers de Manéah dont l’ouverture est prévue fin 2005 ;
l’école nationale des transmissions en 2006, évolution du projet transmissions du domaine appui technique vers le domaine formation. Pour cette future école, un statut d’école nationale à vocation régionale (ENVR) a été officiellement sollicité par la partie guinéenne.
Comment peut-on caractériser la coopération militaire en Guinée Conakry ?
Elle est particulière et attachante à la fois mais elle est surtout différente de celle des autres pays car la Guinée est un pays tout à fait spécifique.
Je vais donc tenter de la caractériser en quelques points :
• Un réel capital de sympathie.
Je crois au fond que la France et la Guinée sont de vieux amis. La langue française nous rapproche et nos modes de pensée et de travail ne sont jamais vraiment éloignés. Il y a eu le temps de la brouille. Nous sommes sur le chemin d’un partenariat fructueux. Il en résulte un climat très favorable au développement d’une coopération complice et fraternelle. De surcroît, il y a le langage des militaires qui nous rapproche au-delà des frontières.
• Un rythme guinéen à respecter.
Un long chemin reste à parcourir, mais il est essentiel de respecter les contraintes et la spécificité des armées guinéennes. Respecter le temps pour avancer sur une route vers des objectifs communs, c’est avant tout respecter le partenaire, respecter ses difficultés et les réalités de l’environnement. Le bon coopérant doit donc, avec modestie, s’efforcer d’écouter, de comprendre et de s’adapter.
• Une coopération tournée vers l’avenir.
La priorité est de préparer l’avenir. C’est dans cet esprit qu’ont été définis les objectifs majeurs communs de cette coopération : la création d’écoles pour la formation des cadres et une forte implication au niveau de la santé au sein des forces armées.
• Une soif de formation.
Le besoin de formation est grand et la volonté des guinéens pour se former est immense.
Partout, il revient que les stagiaires guinéens se rangent parmi les élèves les plus studieux et les plus motivés. Le déficit initial de formation les place pourtant souvent dans une situation moins favorable.
Cependant, il est encourageant de constater combien, à leur retour, les stagiaires nouvellement formés sont utilisés dans leurs nouvelles compétences et à leur niveau de responsabilité.
• Un partenariat de qualité.
Il existe tout d’abord en Guinée une forte tradition de l’accueil et de l’hospitalité qui s’applique à tout visiteur. Ce contexte chaleureux favorise la bonne intégration et adaptation de nos coopérants militaires.
Il doit être souligné ensuite une capacité particulière des guinéens à s’investir dans le partenariat. Un dicton populaire guinéen bien connu en atteste et illustre tout à fait cette attitude responsable : “Quand on te lave le dos, tu te laves le ventre”.
• Une réelle rentabilité des efforts consentis.
Tous les efforts consentis en partenariat ont produit des résultats au-delà des espérances. L’école nationale des officiers qui est aujourd’hui une vitrine, a formé près de 250 jeunes officiers. L’intendance continue sa marche vers la modernité. La couverture radio du pays reste fonctionnelle depuis plus d’une décennie. Les escadrons de gendarmerie mobile sont d’excellent niveau.
CHEMIN DE MEMOIRE

Une mission au profit des anciens combattants a été organisée en Guinée forestière en juin 2005.
Le but était d’aller à la rencontre des anciens combattants et veuves de guerre en Guinée forestière, pour leur apporter reconnaissance et soutien.
Autour de l’attaché de défense français, la délégation était composée de :
El Hadj Moussa Mara, président de l’office national des anciens combattants de la Guinée
M.Hubert Orditz, trésorier
chef de bataillon Michel Perillou, coopérant militaire
docteur Christine Delalande, médecin de l’Ambassade.
Les anciens combattants et veuves de guerre.
Par-dessus tout, c’est la fidélité, l’attachement à la France, la joie et la fierté de toute une population d’anciens et de veuves qui ont profondément émus les participants.
Ils ont un âge généralement compris entre 75 et 85 ans. Ils ont principalement participé aux conflits d’Indochine et d’Algérie. Leurs souvenirs restent étonnamment précis notamment lorsqu’ils parlent de leurs anciens chefs, qui appartiennent pleinement à leur histoire personnelle.
Ils ont gardé d’une manière étonnante tous les réflexes du soldat, à commençer par le salut et la présentation réglementaire, avec le maintien d’un garde à vous plein de dignité.
Ils se plaignent peu et la fierté se lit sur leur visage notamment lorsque l’on prend le temps de parcourir leurs vieux documents et livrets religieusement empaquetés.
Ils ont des besoins modestes et d’une nécessité évidente liée à leur grand âge. Par exemple, une simple canne ou une paire de béquilles peut transformer la vie de l’un de ces anciens.
Les veuves sont très belles dans leurs tissus traditionnels et semblent d’un âge très avancé et difficile à définir. Peu d’entre elles s’expriment en français. Leurs visages lumineux reflètent un mélange de noblesse et de gravité.
Entretien avec le colonel Kande TOURE, chef de cabinet du ministre de la Défense

Notre politique ne vise qu’à la défense de l’intégrité du territoire. Lorsque nous participons à la sauvegarde des intérêts de nos voisins, c’est pour lutter contre la déstabilisation au cœur de ces Etats. Le président Conté a coutume de dire : « Eteins le feu de la case du voisin, avant qu’il ne vienne brûler ta propre case ». Nous entendons entretenir avec nos voisins les meilleures relations.
Nous sommes liés depuis 1963 avec le Libéria et la Sierra-Leone par le pacte Manoriva Union.
Comment les Forces armées guinéennes inscrivent leur action dans le cadre régional et international ?
La Guinée dispose d’une bonne expérience des opérations extérieures pour avoir participé à toutes les guerres de libération : Guinée Bissau en 1972, Congo belge, Angola...
Nous appartenons bien entendu à la CEDAO, la CEDEAO, l’OUA et l’ONU. Nous sommes intervenus sous mandat de ces différentes institutions au Libéria (ECOMOG), en Guinée Bissau, au Rwanda, au Sahara occidental ou encore au Burundi. Des forces de police guinéennes sont actuellement présentes en Haïti. Des troupes guinéennes se préparent en ce moment même à partir au Soudan, dans le cadre de l’ONU dans la sortie de crise au Darfour.
Nous tenons donc une place non négligeable sur la scène militaire régionale et internationale.
Comment qualifieriez-vous la coopération militaire que vous entretenez avec la France, tant dans ses résultats actuels que dans ses orientations ?
La coopération franco-guinéenne que vous évoquez a commencé très tardivement. Cela s’explique par l’esprit qui a prévalu à notre indépendance. Les choix politiques des dirigeants politiques d’alors nous ont éloignés sur ce terrain. Nous avons vécu pendant plus de vingt-cinq ans l’expérience d’une coopération avec d’autres Etats, que nous entretenons toujours par ailleurs. La rupture avec la France en 1958 n’a néanmoins pas remis en cause l’amitié entre nos peuples. C’est tout naturellement qu’en avril 1985, cette coopération militaire a vu enfin le jour, avec la possibilité pour nous d’inscrire des officiers dans le cursus français de formation. Parallèlement, nous recevions des conseillers militaires techniques.
Nous sommes aujourd’hui très satisfaits de cette coopération, et je place le curseur de nos relations au beau fixe. Bien sûr, toutes nos ambitions ne sont pas encore atteintes, car les réalités économiques sont bien là. Mais le temps les assouvira par notre action et par la formation des cadres.
Je mets résolument l’effort sur cette formation, et appelle de mes vœux qu’elle se déroule, pendant tout le cursus d’officier, dans un cadre local. L’assistance technique et le soutien de nos matériels nous sont aussi tout à fait nécessaires.
A propos de formation, le chef de la mission de coopération a évoqué la perspective de création de différentes écoles. Pensez-vous que ces objectifs soient atteignables dans les deux ou trois prochaines années ?...
Le lieutenant-colonel Pauc était déjà ici il y a dix ans. Ses espoirs tiennent compte de la réalité et des besoins guinéens...
Une armée tire sa valeur de la qualité de ses cadres. Il faut du temps pour les former. Et des structures adaptées. Nous consentons actuellement l’effort sur les cursus complets des formations des officiers, en ouvrant le stage de formation des commandants d’unité. Le groupement d’application des lieutenants verra le jour dans quelques mois. Notre souhait est de poursuivre notre partenariat jusqu’au DEM local : la formation à Montpellier ou à Compiègne est bonne, mais elle doit par la suite être appliquée sur le terrain guinéen. Nous coopérons afin de former nos cadres sur place.
Nous n’oublions pas non plus nos sous-officiers. Pas plus que nos spécialistes, comme les intendants et les transmetteurs. La coopération est dans ces domaines plus intense que par le passé et pleine d’espérance...
Un dernier mot, mon colonel ?
Je conclurai en revenant sur l’excellence de nos relations. Grâce à notre action commune, notre coopération est fructueuse et l’amitié est consolidée à plus d’un titre. Pour mieux apprécier un peuple, il faut vivre avec lui. Force nous est de constater que nous vivons l’armée guinéenne ensemble...
Entretien avec le général de division Kerfalla CAMARA, chef d’état-major général des Armées

La défense du territoire est la mission prioritaire confiée aux armées par le chef de l’Etat. Pourriez vous, mon général, décrire l’engagement des forces armées, notamment dans la défense du sanctuaire national.
Général CAMARA : Je tiens tout d’abord à vous dire la satisfaction que je nourris en recevant l’équipe de rédaction de “Frères d’armes”, visite qui atteste l’intérêt de la direction de la coopération militaire et de défense française pour la Guinée et démontre combien nos relations sont bonnes.
Pour répondre à votre question, je citerai le président Sékou TOURE qui évoquait notre outil de défense comme étant au service du peuple dont il garantit les acquis, et non comme une armée de conquête ou d’oppression.
Les forces armées guinéennes travaillent depuis 1958 sur cet axe de sécurité intérieure et de préservation du territoire. Nos frontières sont infranchissables, sauf pour nos amis visiteurs. L’histoire témoigne de ce que je viens de dire : que ce soit en novembre 1970 ou en septembre 2000, les tentatives d’agression dont nous avons fait l’objet ont été repoussées victorieusement et sans délai. Nous entretenons avec nos voisins des relations pacifiques et même amicales mais ils savent que la Guinée est une citadelle imprenable où règnent la paix et la sécurité.
Au delà de ses frontières, la Guinée a été engagée à plusieurs reprises dans des conflits et des opérations. Cette participation régionale ou internationale répond-elle à une priorité opérationnelle actuelle ?
Général CAMARA : Je répondrai de nouveau en citant le Président Sékou TOURE. “Tant qu’il restera un morceau de territoire africain sous domination coloniale, la Guinée ne sera pas pleinement indépendante”. Et le président Lansana Conté de dire “quand la case du voisin prend feu, il faut l’aider à éteindre ce feu, sinon le feu risque d’atteindre ta case”. Dans ce contexte politique, en dehors de toute visée conquérante, les forces armées ont ainsi participé à de nombreuses guerres de libération nationale sur le continent depuis le début des année 60 : Congo belge , Angola, Liberia, Guinée-Bissau, Sierra-Leone...
Nous avons aussi participé à l’ECOMOG au début au Liberia, d’abord comme observateur, puis, par la force des évènements, comme force de sécurité interne. Nous avons poursuivi notre mission en Sierra Leone et en Guinée Bissau. Notre mandat devait durer six mois : j’y ai en fait servi pendant quatre années !
Nous avons aussi été présents au Rwanda, au Sahara occidental, au Burundi, et préparons une opération de maintien de la paix dans l’Est du Soudan. Les missions ont été remplies, assumées, et nous ont valu des témoignages de satisfaction de la part des autorités de l’ONU. Cette participation multiforme témoigne de la volonté de la Guinée de tenir sa place dans le concert diplomatique international.
Et RECAMP, mon général,...
Général CAMARA : Nous adhérons également à ce processus que nous jugeons très intéressant. J’ai eu moi-même l’honneur de conduire la délégation des forces armées guinéennes lors de l’exercice GUIDIMAKHA en 1998, premier du genre. Nous sommes impliqués dans toutes les réunions et prenons part à toutes les décisions. Ce concept de maintien de la paix pour et par les Etats africains nous est très cher et recueille notre adhésion avec enthousiasme.

Comment, comme autorité militaire de Guinée, qualifieriez-vous la coopération militaire qui nous lie ? Donne-t-elle satisfaction ?
Général CAMARA : En toute simplicité, je peux vous dire que la coopération est au beau fixe. Tous les experts français, tous les chefs de projets donnent le meilleur d’eux-mêmes. Je peux citer en exemple, parmi d’autres, le médecin en chef BOULOUMIE qui vient de regagner la France : il a sillonné la Guinée dans tous ses recoins pour prendre en compte sur le terrain tous les aspects de la question sanitaire. Il est devenu Guinéen lui-même ! Le fait que l’actuel attaché de défense français effectue chez nous un deuxième séjour constitue un véritable atout : il n’a pas eu à découvrir le pays en prenant ses fonctions. Et puis, il défend bien un pays qu’il aime et qu’il connaît. Nos relations de partenariat sont excellentes. Mes propres relations avec les coopérants français s’établissent sans réel formalisme, presque sans protocole même.
Une autre forme de partenariat...
La coopération ne se limite pas à son aspect institutionnel. Ici comme ailleurs, le bon sens et la bonne volonté prévalent aux relations qu’entretiennent les nationaux et les expatriés.
C’est tout naturellement que Madame d’ANSELME, pendant près d’un an, a donné des cours d’alphabétisation (et de cuisine !) au personnel qu’elle emploie pour l’entretien de sa maisonnée.



