Après cinq années d’une guerre civile particulièrement violente, Ahmad Tejan Kabbah est élu Président de la République le 29 mars 1996, alors que les rebelles du Revolutionary United Front (RUF, Front révolutionnaire uni) contrôlent les trois quarts du territoire. Déposé par un coup d’Etat le 25 mai 1997, il se réfugie en Guinée et est réinstallé le 10 mars 1998 par la force de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, l’ECOMOG. La guerre civile se poursuit jusqu’à la signature, avec le RUF, de l’accord de Lomé le 7 juillet 1999 (rejeté par une partie du RUF qui poursuit les combats). L’arrivée d’une force des Nations unies de 11.000 hommes (MINUSIL, Mission des Nations Unies en Sierra Leone) en novembre 1999, puis de 800 soldats britanniques en mai 2000 a permis de mettre un terme à cette guerre civile (50.000 morts, 5 à 10.000 amputés, 10.000 enfants-soldats, 5 à 10.000 viols).
Depuis, la stabilité institutionnelle a été rétablie (élections présidentielles et législatives en mai 2002 et locales en mai 2004) et la paix est en cours de consolidation. La MINUSIL s’est en effet retirée le 20 décembre 2005 (10 jours avant la date prévue, marquant ainsi le succès de la mission), au profit d’un Bureau Intégré pour la consolidation de la paix (BINUSIL, résolution 1620 du CSNU), qui dispose d’un effectif de 300 personnes et poursuit quatre objectifs : promotion des droits de l’homme, développement, combat contre la corruption et assistance électorale.
Dans la perspective des élections présidentielles de 2007 la scène politique s’avère agitée : le parti du Président Kabbah (SLPP, Sierra Leone People’s Party) se voit confronté à une opposition active et plurielle, constituée de l’ancien parti unique APC (All People’s Congress) et du nouveau parti PMDC (People’s Mouvement for Democratic Change), crée en novembre 2005 par Charles Margai, dissident du SLPP.
La difficile réintégration dans le marché du travail des anciens combattants et le fort taux de chômage de la jeunesse urbaine (2/3 de la population des villes) freinent le redémarrage de l’économie - bien que des progrès, notamment dans le contrôle des activités minières sont constatés - et font craindre des tensions sociales futures.
Si la paix en Sierra Leone reste étroitement liée au retour de la stabilité au Liberia, la présence britannique sur le sol sierra leonais se révèle le principal garant de l’ordre du pays - par l’encadrement et la formation des forces militaires et policières notamment.-
Tribunal spécial pour la Sierra Leone : chargé de juger les principaux responsables des graves violations du droit international humanitaire commises depuis le 30 novembre 1996, il a commencé ses travaux (janvier 2002) qui resteront inachevés du fait de la non comparution des chefs historiques du RUF, Sam Bockarie et Foday Sankoh morts en 2003. Le procureur du tribunal, Desmond de Silva, a lancé un mandat d’arrêt en 2003 contre Charles Taylor. Après une tentative d’évasion, ce dernier a été remis le 29 mars 2006 aux autorités de la MINUL qui l’ont déféré au Tribunal Spécial pour la Sierra Leone. Charles Taylor va donc être jugé au même titre qu’Hinga Norman, ancien chef des milices pro-gouvernementales (les Kamajors de la Civil Defence Force) qui comparait actuellement devant le Tribunal. Alors qu’aucun verdict n’a pour l’instant été rendu, l’achèvement de la mission du Tribunal Spécial reste prévue pour 2007.
Mise à jour : 31.03.06
