La Côte d’Ivoire connaît une grave crise politico-militaire depuis la tentative de coup d’Etat opérée par une rébellion armée, en septembre 2002, qui contrôle toujours la moitié nord du pays. La France, puis la CEDEAO, ont envoyé d’importants contingents militaires pour séparer les belligérants. Cette interposition a permis d’éviter une guerre civile et de nombreux massacres.
Un accord entre toutes les forces politiques a été signé à Marcoussis le 24 janvier 2003. Il prévoyait simultanément le maintien du chef de l’Etat, la mise en place d’un gouvernement de réconciliation nationale intégrant des représentants de la rébellion et la mise en œuvre d’un programme abordant les principaux sujets de fond à l’origine de la crise ivoirienne (nationalité, propriété foncière rurale, éligibilité, identification, restructuration de l’armée, désarmement de la rébellion). L’objectif en était la tenue d’élections fin octobre 2005. Le Conseil de Sécurité des Nations unies a fait sien cet accord et a mis en place le 4 avril 2004 une force de maintien de la paix, l’ONUCI (6240 hommes), qui a pris le relais des contingents de la CEDEAO, aux côtés de la force Licorne qui reste sous commandement français (4000 hommes).
Ce processus de paix, confirmé par l’accord d’Accra III en juillet 2004, a connu de nombreux blocages imputables aux parties puis un brutal coup d’arrêt en novembre 2004, lorsque les forces loyalistes ont rompu le cessez-le-feu en lançant une offensive au cours de laquelle neuf soldats français ont été tués. L’essentiel de la communauté française (8.000 personnes) a alors été victime de nombreuses exactions et a dû être rapatriée. Suite à ces événements, le Conseil de Sécurité a créé un embargo sur les armes, prévu un mécanisme de sanctions individuelles et renforcé le mandat de l’ONUCI. L’Union africaine, quant à elle, a confié mandat au Président Mbeki d’entreprendre une mission de médiation entre les acteurs ivoiriens. Après deux rencontres à Pretoria (accord du 6 avril 2005 et réunion du 29 juin 2005), des progrès ont été enregistrés : le président Gbagbo a dû se résoudre à accepter l’éligibilité de son opposant, Alassane Ouattara, et à légiférer par ordonnance pour faire adopter les lois de Marcoussis. Cependant, le démantèlement des milices pro-Gbagbo, le désarmement des Forces nouvelles et les préparatifs techniques relatifs au processus électoral n’ont pas été mis en œuvre, malgré la nomination d’un Haut représentant aux Elections, M. Monteiro, aux côtés du Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations unies, M. Schori.
L’impossibilité d’organiser des élections incontestables fin octobre 2005 a rendu nécessaire la relance du processus de paix, concrétisée par la résolution 1633, prise sur la base d’une décision de l’Union africaine du 6 octobre 2005. Elle constate que le mandat du Président Gbagbo expire le 30 octobre 2005 mais qu’il reste chef de l’Etat pour une période n’excédant pas 12 mois. Elle prévoit la nomination d’un nouveau Premier ministre acceptable pour toutes les parties, doté de pouvoirs effectifs et de toutes les ressources financières, matérielles et humaines afférentes pour organiser le scrutin présidentiel. Un Groupe de Travail International (GTI) de 15 membres présidé par le Président en exercice de l’UA (le Congo en 2006), se réunit mensuellement depuis novembre 2005 à Abidjan. La France en est membre. Son rôle est d’assurer le bon déroulement de la transition.
Le rôle du GTI est fondamental pour la mise en œuvre du processus de paix, menacé par les rivalités de pouvoirs entre les factions ivoiriennes. Les partisans du président Gbagbo, mécontents de la nouvelle répartition des pouvoirs instituée par la résolution 1633, ont tenté, dès janvier 2006, d’affaiblir le GTI en organisant de violentes manifestations anti Nations unies, les accusant de violer la souveraineté nationale. Malgré le retrait des casques bleus bangladais de l’ouest du pays, traditionnellement sujet à de fortes tensions ethniques, le GTI a fait face à ses responsabilités : il a maintenu son unité, ne s’est pas dédit et s’est donc imposé comme le réel arbitre et garant du processus de paix. Le Conseil de sécurité l’a soutenu en entérinant tous ses communiqués et en prononçant pour la première fois des sanctions individuelles contre les fauteurs de troubles.
Depuis février, la fermeté du GTI et du Conseil de Sécurité a payé : le calme est revenu à Abidjan. Le nouveau Premier ministre, Charles Konan Banny, qui semblait avoir perdu de son crédit lors des troubles de janvier, a réussi à se placer au centre du jeu politique en réunissant les principaux leaders ivoiriens à Yamoussoukro et en permettant le fonctionnement effectif de la Commission électorale indépendante, institution clef pour lancer l’organisation des élections. Ces succès laissent espérer l’établissement d’un climat nouveau d’apaisement.
Toutefois les processus de désarmement, d’identification des populations et de confection des listes électorales, dont la mise en oeuvre devrait être simultanée, sont toujours au point mort. Autre motif de préoccupation, la situation dans l’ouest du pays reste très tendue, la force Licorne y faisant même l’objet de provocations de la part de l’armée loyaliste. Les medias n’ont pas cessé leurs appels à la haine. L’ONUCI est néanmoins en cours de redéploiement dans cette zone.
La dimension régionale de la crise s’est dès l’abord manifestée dans les domaines économiques et commerciaux : les pays sahéliens, traditionnellement desservis par le port d’Abidjan, se sont vus menacés d’isolement faute de desserte sur l’axe Korhogo-Abidjan. Ils se sont très rapidement tournés vers les ports ghanéen, togolais et béninois. Plus la crise perdure, plus ces solutions de substitution risquent de se pérenniser, au détriment de la Côte d’Ivoire. En outre, la réussite du processus de désarmement au Liberia est tributaire de la normalisation de la situation en Côte d’Ivoire. On craint en effet que de nombreuses armes passent du Liberia en Côte d’Ivoire pour y être dissimulées. La France a constamment cherché à mobiliser l’ensemble des Etats de la région en faveur du règlement de la crise ivoirienne. Elle a donc favorisé le rôle de la CEDEAO qui est intervenue tant politiquement que militairement. C’est pourquoi de nombreux chefs d’Etat africains se sont fortement impliqués dans la résolution de la crise ivoirienne, conscients du fait que c’est la stabilité de l’Afrique de l’Ouest toute entière qui est aujourd’hui menacée. L’intervention des Nations unies a été principalement motivée par le souci de coordonner les processus de maintien de la paix en œuvre en Sierra Leone, au Liberia et en Côte d’Ivoire. L’enjeu aujourd’hui est de faire en sorte que la pression politique internationale (africaine et onusienne) soit suffisamment forte pour obliger les Ivoiriens à progresser.
Mise à jour : 31.03.06
