La région des Grands Lacs est, depuis plus de 15 ans, un foyer de tensions déstabilisatrices pour l’ensemble de l’Afrique centrale. Elle a été le théâtre d’un des conflits armés les plus meurtriers depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
La mobilisation de la communauté internationale pour parvenir à une sortie de crise est aujourd’hui sans précédent. La France y prend une part active et agit en première ligne dans un cadre conforme aux orientations de la diplomatie française en Afrique.
La crise des Grands Lacs a eu des effets déstabilisateurs sur l’ensemble de l’Afrique centrale (1993-2002).
La crise des Grands Lacs commence au début des années 1990 avec la guerre civile au Burundi (octobre 1993) et le génocide rwandais (avril-juillet 1994). Elle se nourrit de tensions politiques et ethniques internes aux différents pays de la région. Ses répercussions atteignent l’Est du Zaïre, devenu République Démocratique du Congo (RDC), qui devient l’épicentre du conflit, lorsque, en 1997, les troupes de Laurent Désiré Kabila renversent le général Mobutu avec le soutien de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi. Se noue alors autour de la RDC un complexe jeu d’alliances impliquant jusqu’à 9 pays de la région. En 1998, Laurent Désiré Kabila rompt avec ses anciens alliés qui interviennent militairement en RDC et soutiennent la formation de rébellions congolaises. Parallèlement, le Zimbabwe, l’Angola, le Tchad et la Namibie soutiennent militairement Kinshasa.
Ces interventions se traduisent par une occupation de fait de plus de la moitié du territoire congolais. Le gel des positions amène les belligérants à constater l’impossibilité d’une victoire militaire et des négociations, formalisées par l’accord de Sun City en avril 2002, mettent fin aux combats. Les accords de paix entre la RDC et le Rwanda (juillet 2002) puis entre la RDC et l’Ouganda (septembre 2002) permettent alors le départ des troupes étrangères stationnées sur le territoire congolais. Un gouvernement de transition est mis en place en juin 2003, avec pour objectif d’organiser des élections dans un délai maximal de 3 ans.
Des progrès réels ont été enregistrées, mais le contexte reste très fragile.
Des avancées notables ont eu lieu :
la pacification progressive de la région avec la fin des combats militaires qui restent désormais circonscrits à la partie orientale de la RDC (région des Kivus)depuis la signature en septembre 2006 d’un accord de cessez-le-feu entre le gouvernement burundais et la dernière rébellion active des FNL ; de même, l’arrestation en 2009 du chef du Congrès National pour la Défense du Peuple au Rwanda a permis à son mouvement d’être intégré, même imparfaitement, aux Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), réduisant notablement le niveau de tension (accords de Goma, 23 mars 2009).
l’achèvement dans de bonnes conditions des processus de transition politique au Burundi et en RDC, marqué par l’organisation d’élections libres et démocratiques en août 2005 et octobre 2006. Un nouveau cycle a commencé avec les élections qui se sont tenues au Burundi et au Rwanda en 2010, et il se poursuivra en République démocratique du Congo avec les scrutins prévus entre novembre 2011 et 2013.
l’instauration d’une dynamique nouvelle de dialogue et de coopération entre les pays de la région, marqué notamment par la signature du Pacte pour la paix, la sécurité et le développement dans la région des Grands Lacs en décembre 2006 à Nairobi ou l’émergence de nouvelles enceintes de coopération régionale (Commission tripartite plus, Communauté économique des pays des Grands Lacs).
Des facteurs de risque demeurent toutefois :
la présence persistante dans l’Est de la RDC de groupes armés illégaux congolais et étrangers (notamment les rebelles hutus rwandais des FDLR, dont le noyau dur est composé d’anciens génocidaires ayant fui le Rwanda en 1994) entretient un climat persistant d’insécurité dont les populations civiles sont les premières victimes (enfants enrôlés de force, femmes victimes de violences sexuelles à large échelle). Si la puissance de des FDLR a diminué du fait de la pression militaire exercée sur elles (il resterait 3000 combattants), ce groupe a sensiblement augmenté, en représailles, le niveau des violences commises. Sur demande de la Cour Pénale Internationale, la France a arrêté sur son sol le secrétaire général des FDLR, Callixte Mbarushimana, en octobre 2010. Autre groupe emblématique des violences toujours existantes, l’Armée de Résistance du Seigneur, venue d’Ouganda, déstabilise la zone des Ueles. Malgré des effectifs très faibles, son action violente entraîne des mouvements de population massifs.
les conséquences humanitaires de la crise se font encore ressentir avec un bilan qui reste un des plus lourds au monde (près de 1,5 millions de déplacés internes en RDC ; malgré l’augmentation des retours ces dernières années, 400 000 réfugiés congolais ayant fui la guerre entre 1996 et 2003 sont encore présents dans les pays frontaliers de la RDC et 250 000 réfugiés burundais sont encore présents en Tanzanie) ;
les conséquences économiques et sociales du conflit continuent de peser sur le redémarrage économique et le développement de la région. La crise a par ailleurs généré une économie de guerre d’un type nouveau caractérisée par un phénomène de pillage des ressources naturelles dans lequel les pays voisins ont été parties prenantes. Aujourd’hui, les régions de l’Est congolais demeurent sous l’emprise de réseaux qui échappent à l’autorité de l’Etat.
La France est fortement engagée à titre bilatéral
La France est engagée de longue date dans la région des Grands lacs. Cet engagement ne repose pas sur un passé colonial puisque aucun des pays de cette région n’a appartenu à l’ancien Empire français, ni sur des intérêts économiques qui demeurent très modestes malgré le potentiel de la RDC. Il se nourrit cependant d’une relation privilégiée fondée en particulier sur le lien de la francophonie. Cette présence a amené la France à jouer un rôle de premier plan dans l’appui au processus de paix, et en particulier dans l’appui aux processus nationaux de transition.
Au Burundi, la France a été, aux côtés de l’Afrique du Sud et d’autres pays, un partenaire important pour aider à la mise des accords d’Arusha signés en août 2000. Elle a fortement contribué à l’aboutissement du processus de paix en étant le premier pays à reprendre, dès 1998, sa coopération avec le Burundi et à soutenir le programme de désarmement des ex-combattants. La France a également été un des bailleurs du processus électoral et un des principaux soutiens du Burundi pour normaliser la relation du pays avec les institutions financières internationales. Elle poursuit actuellement une coopération active avec les autorités burundaises, marquée par la signature en novembre 2006 d’un document cadre de partenariat d’un montant de 47 M€ sur la période 2006-2010, dans les domaines de l’éducation, de la bonne gouvernance, de la consolidation de l’Etat de droit et des forces de sécurité, de la promotion de la francophonie et du soutien aux personnes sinistrées.
Depuis le rétablissement de ses relations en novembre 2009), la France entend accompagner le Rwanda dans son projet de développement économique. La reprise progressive de sa coopération avec ce pays ouvre, en ce sens, des perspectives nouvelles : coopération linguistique, économique, parlementaire, etc.
De 2003 à 2006, en République démocratique du Congo, la France s’est fortement impliquée dans le soutien au processus de transition congolais en aidant notamment à la mise en place d’une commission électorale indépendante (CEI) chargée de l’organisation des élections. La France a aussi joué un rôle politique de premier ordre au sein du CIAT (comité international d’accompagnement de la transition) composé des ambassadeurs des pays les plus engagés en RDC. Par ailleurs, la France a été très active dans la formation de la police congolaise destinée à assurer la sécurisation du processus électoral.
La France apporte son soutien à la République démocratique du Congo, comme en témoigne la signature en mars 2007 d’un document cadre de partenariat sur la période 2007-2011. Ce document concentre notre action dans les domaines de l’éducation, de la protection de l’environnement et de la biodiversité et de la santé. La coopération sera également poursuivie dans les domaines de la gouvernance, de la réforme du secteur de sécurité (soutien à l’armée, à la police et à la justice congolaise), de l’enseignement du français, de la diversité culturelle et de l’appui à la société civile. Par ailleurs, la France apporte une aide humanitaire aux populations victimes du conflit par l’intermédiaire des agences spécialisées des Nations Unies et d’organisations non gouvernementales.
Conformément aux orientations de la diplomatie française en Afrique, la France place son action dans les Grands Lacs dans un cadre multilatéral et européen.
La sortie de crise dans les Grands Lacs est un enjeu majeur qui mobilise aujourd’hui des moyens sans précédent. La France a fortement encouragé l’implication progressive des Nations Unies, de l’Union européenne et des acteurs africains dans cette zone.
A partir de 1998, la France a pris position au Conseil de sécurité des Nations Unies pour l’envoi d’une force de maintien de la paix en République démocratique du Congo, la Mission de l’Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC). En mai 2010, la France a porté aux Nations Unies la résolution 1925 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui concentre l’action de la mission sur la protection des populations et sur le soutien à la stabilisation du pays, plus de 10 ans après la mise en place d’une opération de maintien de la paix en RDC. La MONUC est devenue la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo (MONUSCO) le 1er juillet 2010.
La France a également soutenu le déploiement, en juin 2004, d’une force de maintien de la paix de 5600 hommes au Burundi (ONUB). L’ONUB a permis de stabiliser la situation pendant la dernière année du processus de transition burundais et a contribué à la sécurisation des élections. A la demande des autorités burundaises, l’ONUB s’est progressivement désengagée pour céder la place au 1er janvier 2007 à un Bureau intégré des Nations Unies (BINUB), chargé de la consolidation de la paix dans le pays ainsi que du soutien à la mise en œuvre de l’Accord global de cessez-le-feu signé le septembre 2006.
La France a encouragé la montée en puissance dans la région de l’Union européenne, qui s’est affirmée aujourd’hui comme un acteur majeur du processus de paix en RDC. L’Opération Artémis, menée en Ituri entre juin et août 2003, a été la première opération militaire de l’UE en Afrique (la France en a été la nation-cadre). Dans le prolongement de cette opération, l’Union européenne s’est engagée dans une coopération en matière sécuritaire avec les autorités congolaises avec le lancement de deux missions PESD, l’une dans le domaine de la police (EUPOL), l’autre dans le domaine de l’appui à la réforme de l’armée congolaise (EUSEC). Par ailleurs, l’UE a déployé, de juillet à décembre 2006 une mission de sécurisation des élections (EUFOR-RDC) en soutien de la MONUC. La France était, avec l’Allemagne, le principal contributeur à cette force.
L’UE a également été le premier bailleur des élections de 2006, qu’elle a financé à hauteur de 250 millions d’euros, et a annoncé qu’elle soutiendrait les scrutins devant se dérouler de 2011 à 2013 (50 millions d’euros annoncés pour 2011). Aujourd’hui, elle est le premier partenaire de la RDC en termes d’aide publique au développement.
Les efforts de la France dans les Grands Lacs sont évidemment menés en partenariat étroit avec les pays africains impliqués dans le processus de paix.
Mise à jour : 15.11.10