La France se réjouit de l’adoption le 13 mars 2008 par le Conseil de sécurité des Nations Unies de la résolution 1804 relative aux FDLR et autres groupes armés rwandais opérant dans l’Est de la RDC.
Elle marque la détermination de l’ensemble de la communauté internationale à mettre fin à la menace que font peser les groupes armés rwandais sur les populations civiles congolaises dans l’Est de la RDC et la stabilité régionale.
LireLa région des Grands Lacs est, depuis plus de 15 ans, un foyer de tensions déstabilisatrices pour l’ensemble de l’Afrique centrale. Elle a été le théâtre d’un des conflits armés les plus meurtriers depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
La mobilisation de la communauté internationale pour parvenir à une sortie de crise est aujourd’hui sans précédent. La France y prend une part active et agit en première ligne dans un cadre conforme aux orientations de la diplomatie française en Afrique.
1- La crise des Grands Lacs a eu des effets déstabilisateurs sur l’ensemble de l’Afrique centrale (1993-2002)
La crise des Grands Lacs commence au début des années 1990 avec la guerre civile au Burundi (octobre 1993) et le génocide rwandais (avril-juillet 1994). Elle se nourrit de tensions politiques et ethniques internes aux différents pays de la région. Ses répercussions atteignent l’Est du Zaïre, devenu République Démocratique du Congo (RDC), qui devient l’épicentre du conflit, lorsque, en 1997, les troupes de Laurent Désiré Kabila renversent le général Mobutu avec le soutien de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi. Se noue alors autour de la RDC un complexe jeu d’alliances impliquant jusqu’à 9 pays de la région. En 1998, Laurent Désiré Kabila rompt avec ses anciens alliés qui interviennent militairement en RDC et soutiennent la formation de rébellions congolaises. Parallèlement, le Zimbabwe, l’Angola, le Tchad et la Namibie soutiennent militairement Kinshasa.
Ces interventions se traduisent par une occupation de fait de plus de la moitié du territoire congolais. Le gel des positions amène les belligérants à constater l’impossibilité d’une victoire militaire et des négociations, formalisées par l’accord de Sun City en avril 2002, mettent fin aux combats. Les accords de paix entre la RDC et le Rwanda (juillet 2002) puis entre la RDC et l’Ouganda (septembre 2002) permettent alors le départ des troupes étrangères stationnées sur le territoire congolais. Un gouvernement de transition est mis en place en juin 2003, avec pour objectif d’organiser des élections dans un délai maximal de 3 ans.
2- Des progrès réels ont été enregistrées, mais le contexte reste très fragile
Des avancées notables ont eu lieu :
la pacification progressive de la région avec la fin des combats militaires qui restent désormais circonscrits à la partie orientale de la RDC (région des Kivus)depuis la signature en septembre 2006 d’un accord de cessez-le-feu entre le gouvernement burundais et la dernière rébellion active des FNL ;
l’achèvement dans de bonnes conditions des processus de transition politiques au Burundi et en RDC, marqué par l’organisation d’élections libres et démocratiques en août 2005 et octobre 2006 ;
l’instauration d’une dynamique nouvelle de dialogue et de coopération entre les pays de la région, marqué notamment par la signature du Pacte pour la paix, la sécurité et le développement dans la région des Grands Lacs en décembre 2006 à Nairobi ou l’émergence de nouvelles enceintes de coopération régionale (Commission tripartite plus, Communauté économique des pays des Grands Lacs).
Des facteurs de risque demeurent toutefois :
la présence persistante dans l’Est de la RDC de groupes armés illégaux congolais et étrangers (notamment les rebelles hutus rwandais des FDLR, dont le noyau dur est composé d’anciens génocidaires ayant fui le Rwanda en 1994) entretient un climat persistant d’insécurité dont les populations civiles sont les premières victimes (enfants enrôlés de force ; femmes victimes de violences sexuelles à large échelle). Une avancée a eu lieu en janvier 2008 avec la tenue de la Conférence pour la paix, la sécurité et le développement dans les Kivus et la signature par les groupes armés illégaux congolais d’accords de cessez-le-feu et de désengagement militaire qui ouvrent des perspectives encourageantes ;
les conséquences humanitaires de la crise se font encore ressentir avec un bilan qui reste un des plus lourds au monde (près de 1,3 millions de déplacés internes en RDC ; malgré l’augmentation des retours ces dernières années, 300 000 réfugiés congolais ayant fui la guerre entre 1996 et 2003 sont encore présents dans les pays frontaliers de la RDC et 250 000 réfugiés burundais sont encore présents en Tanzanie) ;
les conséquences économiques et sociales du conflit continuent de peser sur le redémarrage économique et le développement de la région. La crise a par ailleurs généré une économie de guerre d’un type nouveau caractérisée par un phénomène de pillage des ressources naturelles dans lequel les pays voisins ont été parties prenantes. Aujourd’hui, les régions de l’Est congolais demeurent sous l’emprise de réseaux de trafic d’or et de diamants qui échappent à l’autorité de l’Etat et ne lui apporte aucun bénéfice.
1- La France est fortement engagée à titre bilatéral.
La France est engagée de longue date dans la région des Grands lacs. Cet engagement ne repose pas sur un passé colonial puisque aucun des pays de cette région n’a appartenu à l’ancien Empire français, ni sur des intérêts économiques qui demeurent très modestes malgré le potentiel économique de la RDC. Il se nourrit cependant d’une relation privilégiée fondée en particulier sur le lien de la francophonie.
Cette présence a amené la France à jouer un rôle de premier plan dans l’appui au processus de paix, et en particulier dans l’appui aux processus nationaux de transition.
Au Burundi, la France a été, aux côtés de l’Afrique du Sud et d’autres pays, un partenaire important pour aider à la mise des accords d’Arusha signés en août 2000. Elle a fortement contribué à l’aboutissement du processus de paix en étant le premier pays à reprendre, dès 1998, sa coopération avec le Burundi et à soutenir le programme de désarmement des ex-combattants. La France a également été un des bailleurs du processus électoral et un des principaux soutiens du Burundi pour normaliser la relation du pays avec les institutions financières internationales. Elle poursuit actuellement une coopération active avec les autorités burundaises, marquée par la signature en novembre 2006 d’un document cadre de partenariat d’un montant de 47 M€ sur la période 2006-2010, dans les domaines de l’éducation, de la bonne gouvernance, de la consolidation de l’Etat de droit et des forces de sécurité, de la promotion de la francophonie et du soutien aux personnes sinistrées.
La France s’est également fortement impliquée dans le soutien au processus de transition congolais en aidant notamment à la mise en place d’une commission électorale indépendante (CEI) chargée de l’organisation des élections. La France a aussi joué un rôle politique de 1er ordre au sein du CIAT (comité international d’accompagnement de la transition) composé des ambassadeurs des pays les plus engagés en RDC. Par ailleurs, la France a été très active dans la formation de la police congolaise destinée à assurer la sécurisation du processus électoral.
La France entend désormais renforcer son soutien aux autorités congolaises, comme en témoigne la signature en mars 2007 d’un document cadre de partenariat d’un montant moyen de 200 M€ sur la période 2007-2011. Ce document concentre notre action dans les domaines de l’éducation, de la protection de l’environnement et de la biodiversitéet de la santé. La coopération sera également poursuivie dans les domaines de la gouvernance, de la réforme du secteur de sécurité (soutien à l’armée, à la police et à la justice congolaise), de l’enseignement du français, de la diversité culturelleet de l’appui à la société civile. Par ailleurs, la France apporte une aide humanitaire aux populations victimes du conflit par l’intermédiaire des agences spécialisées des Nations Unies et d’organisations non gouvernementales (triplement de notre aide humanitaire d’urgence en 2007 pour la porter à 5,5 M€).
2 - Conformément aux orientations de la diplomatie française en Afrique, la France place son action dans les Grands Lacs dans un cadre multilatéral.
La sortie de crise dans les Grands Lacs est un enjeu majeur qui mobilise aujourd’hui des moyens sans précédent. La France a fortement encouragé l’implication progressive des Nations-Unies, de l’Union européenne et des acteurs africains dans cette zone.
A partir de 1998, la France a pris position au Conseil de sécurité des Nations-Unies pour l’envoi d’une force de maintien de la paix en RDC. La France a constamment soutenu la consolidation de la MONUC (augmentation de ses effectifs jusqu’à 18 000 hommes ; mandat placé sous chapitre VII ; concentration des effectifs à l’Est) pour participer à la sécurisation des populations civiles et stabiliser le contexte sécuritaire, en particulier dans les régions de l’Est. Conformément à son mandat, la MONUC est aujourd’hui engagée dans des opérations militaires conjointes avec les forces armées congolaises (FARDC) qui ont permis notamment le désarmement de 20 000 miliciens en Ituri.
La France a également soutenu le déploiement, en juin 2004, d’une force de maintien de la paix de 5600 hommes au Burundi (ONUB). L’ONUB a permis de stabiliser la situation pendant la dernière année du processus de transition burundais et a contribué à la sécurisation des élections. A la demande des autorités burundaises, l’ONUB s’est progressivement désengagée pour céder la place au 1er janvier 2007 à un Bureau intégré des Nations Unies (BINUB).
La France a encouragé la montée en puissance dans la région de l’Union européenne qui s’est affirmée aujourd’hui comme un acteur majeur du processus de paix en RDC. L’UE a ainsi été le premier bailleur des élections, qu’elle a financé à hauteur de 250 millions d’euros. Elle est également le premier partenaire de la RDC en terme d’aide publique au développement.
Le rôle de l’Union européenne s’est en particulier affirmé au travers de l’Opération Artémis, menée en Ituri entre juin et août 2003 qui est la première opération militaire de l’UE en Afrique (la France a été la nation-cadre). Dans le prolongement de cette opération, l’Union européenne s’est engagée dans une coopération en matière sécuritaire avec les autorités congolaises avec le lancement de deux missions PESD, l’une dans le domaine de la police (EUPOL), l’autre dans le domaine de l’appui à la réforme de l’armée congolaise (EUSEC). Par ailleurs, l’UE a décidé, à la demande des Nations-Unies, de déployer de juillet à décembre 2006 une mission de sécurisation des élections (EUFOR) en soutien de la MONUC. La France a été avec l’Allemagne le principal contributeur de cette force.
Enfin, les efforts de la France dans les Grands Lacs sont menés en partenariat étroit avec les pays africains impliqués dans le processus de paix. L’Afrique du Sud, qui joue un rôle important en RDC (parrainage de accords de Prétoria, participation à la MONUC, soutien logistique au processus électoral) et au Burundi (médiation dans les négociations avec les FNL), et l’Angola, qui intervient dans la réforme des forces de sécurité congolaises, sont des partenaires privilégiés.
Mise à jour : 20.02.08