France-Diplomatie
retour home
Les Carnets d’archéologie
fleche

Iran - Nishapour pointillés

Introduction

Le site de Nishapour est situé dans une plaine fertile, qui appartient à la bordure nord du grand plateau central Iranien. Cette plaine s’organise de part et d’autre de la rivière intermittente appelée Shurad Rud (« Rivière salée ») laquelle forme une gouttière centrale orientée est-ouest, qui se termine plus au sud dans la dépression endoréique désertique du Dasht-e Kevir. Elle est bordée au nord par les hautes montagnes de la chaîne du Binalud, qui culminent à plus de 3 000 m, 2 000 m au-dessus de la plaine. Cette montagne sépare Nishapour de la plaine de Mashad.

Rappelons les raisons pour lesquelles nous avons décidé, en 2005, d’ouvrir des fouilles sur le Qohandez et de les poursuivre en 2006. Les fouilles américaines des années 1937- 45 avaient été concentrées sur les tépés de la partie centrale du site (Sabz Pushan et d’autres), celles des archéologues iraniens l’ont été, des années 1995 à 2005, sur sa partie occidentale, Shadyakh. Les deux équipes ont mis au jour des vestiges d’époque islamique qu’ils ont daté de la fin du VIIIème aux XIIème /XIIIème siècles. Aucun niveau antérieur au VIIIème siècle n’a été identifié par l’une ou l’autre des deux équipes, les archéologues Iraniens n’étant pas arrivés au point de leurs fouilles où ils auraient pu les rencontrer, et les archéologues Américains les ayant apparemment cherchés sans les trouver.

Dans la publication des fouilles américaines, Wilkinson affirmait que la ville sassanide devait être cherchée ailleurs qu’à Nishapourpuisque leurs fouilles n’avaient jamais livré d’objet antérieur à la période islamique, même les cinq sondages ouverts sur le Qohandez et le Sharistan (demeurés inédits). Les quelques monnaies parthes et sassanides mises au jours devaient en conséquence être considérées comme erratiques. L’archéologue iranien Moussavi, qui a travaillé lui aussi à Nishapour, a récemment confirmé cette opinion. Il est de fait qu’aucun objet, indéniablement sassanide n’a jamais, sauf erreur, été présenté comme originaire de Nishapour dans un musée, une collection ou une vente. C’est pourquoi une tradition tenace accréditait le fait que nul vestige sassanide n’existait à Nishapour.

À l’encontre de cette opinion, Richard Bulliet, spécialiste de l’histoire de Nishapour d’après les sources écrites, considère que les site ancien de Nishapour est bien celui où existait un établissement sassanide, dont les Arabes se sont rendus maîtres en 651. La parfaite conformité des sources écrites avec la topographie du site ancien de Nishapour, comme la permanence du toponyme depuis le haut moyen âge, invalident l’hypothèse de Wilkinson selon laquelle la Nishapour sassanide ne serait pas le site ancien voisin de la ville portant aujourd’hui ce nom.

Une explication à l’absence de tout vestige sassanide découvert par nos prédécesseurs pourrait être que l’occupation islamique ait totalement oblitéré les occupations antérieures. Il est apparu nécessaire, au moment où s’est constituée la mission conjointe irano-française, d’élucider cette question, et de mettre au jour, s’ils existaient, les niveaux préislamiques de Nishapour ainsi que ses premières occupations consécutives à la conquête arabe de 651.

Illust:

Figure 2, 45.5 ko, 150x109
Figure 2

En dépit de la hauteur de conservation de ses vestiges, le Qohandez (fig. 2), inexploré par les archéologues, ne l’a pas été des pilleurs. Les pilleurs de trésors archéologiques ou de terre pour amender les cultures ont transformé de larges parties de ce tépé en un paysage lunaire. Ici se dressent, comme des fantômes de 6 à 7 m de hauteur, les murs et surtout les massifs que formaient leurs tours d’angles, tandis que les couches plus tendres ont été emportées ou percées de fosses et de tunnels puis déchiquetés par l’érosion (fig. 3). Les photos satellite récentes (fig. 2) montrent qu’en plus, une bande d’environ 20 m de large et 150 m de long a été arasée jusqu’au niveau de ce qui a pu être la basse-cour, esplanade ou place d’arme, après les années 50, date de la première photo aérienne du site.

Illust:

Figure 3, 43.8 ko, 150x100
Figure 3

Membres des deux équipes en 2006 :

Directeurs
Rajabali Labbaf Khaniki and Monique Kervran

Archéologue-Responsable du chantier archéologique
Rocco Rante

Archéologues
Ali Mohammadi, Julien Cuny, Meysam Labbaf Khaniki, Moham-Esmaiel Etemadi, Paul Wormser

Céramologues
Ali Mousazadeh, Annabelle Collinet, Delphine Miroudot, Jale Kamalizad, Hadi Sharifan

Dessinateurs de la céramique
Zahra Delarami and Sakineh Khozaymeh

Cartographe
Ali-Mohammad Hoveyda

Topographe-Architecte
Vincent Bernard

Version imprimableVersion imprimable

Dans cette rubrique

étoileLes fouilles
étoileDiaporama