
Le site antique appelé « Jebel Oust » est situé à Hammam el Oust (à 32 kilomètres au sud de Tunis, sur la route de Zaghouan). Le nom antique et la nature du site (ville ? lieu de culte entouré de quelques habitats ?) sont inconnus. Il pourrait s’agir du site Onellana, mentionné sur la Table de Peutinger à égale distance de Oudhna et de Thuburbo maius, mais il n’existe aucune certitude à ce propos. Signalé pour la première fois en 1862, le site n’a été l’objet de fouilles qu’en 1907, après la (re)découverte de la nappe phréatique à 55° par un prospecteur minier. Le bassin circulaire et la grande piscine rectangulaire dont les colonnes émergeaient de terre furent hâtivement fouillés par des militaires. Le site fut ensuite oublié jusque vers 1955, quand Mohammed Fendri dégagea les trois ensembles actuellement visibles, les thermes, le secteur du temple et les citernes. Le site fut l’objet de quelques publications préliminaires, mais demeure toujours inédit pour l’essentiel. La mission archéologique de Jebel Oust dirigée par Aïcha Ben Abed et John Scheid a comme objectif de relever, étudier et publier les monuments dégagés en 1962/3.
Situé à flanc d’une colline regardant l’est, le site comprend deux zones principales : les bâtiments construits autour du point de surgissement d’une source chaude, et un réseau de trois citernes longeant le lieu saint au sud. Ces citernes, qui ne dérivaient qu’une partie minime de leur eau potable vers le site antique, étaient vraisemblablement destinées à servir de prise d’eau secondaire et de réserve à l’aqueduc de Carthage qui passe à 2 km au nord du site.
Le site s’est développé à partir du phénomène naturel d’une source chaude, surgissant sur la pente du Jebel Oust. Un lieu de culte a été construit autour de cette source. Au cours de sa première phase identifiable, celui-ci comprenait uniquement une cour avec deux exèdres rectangulaires se faisant face et une salle rectangulaire, un temple construit au-dessus de la source et, à l’extérieur de l’enceinte, une citerne d’eau potable. La source chaude, qui coulait à une profondeur de 1,80 m environ, était acheminée vers la vallée par une canalisation creusée dans la roche calcaire. À une cinquantaine de mètres la canalisation alimentait un bassin entouré de quelques constructions mosaïquées. Dans un deuxième temps, un temple monumental fut érigé au-dessus du puits de la source, la cour fut agrandie et flanquée de deux portiques monumentaux. La source elle-même s’était sans doute avérée insuffisante ou elle s’était tarie, et un puits de 6 m de profondeur fut creusé pour avoir accès à la source. Une nouvelle canalisation était creusée à cette profondeur pour conduire l’eau chaude vers les thermes. Cette phase date des dernières année d’Hadrien et du règne d’Antonin le Pieux, la première phase étant augustéenne. La divinité titulaire du temple reste inconnue.
La rampe coupée de plusieurs volées d’escaliers débouchait, une centaine de mètres plus bas que le temple, sur une place à portiques, contemporaine du deuxième aménagement du temple. À ce portique s’adossent des thermes alimentés par la source chaude. De ce fait, on n’y trouve pas le classique caldarium, mais des salles pourvues en eau par une unique source, chaude. Ce ne fut que dans la dernière phase que le complexe fut doté de citernes d’eau froide et comportait également un frigidarium. Les thermes ont plusieurs phases, qui sont en cours d’identification et d’analyse.
Enfin, au pied de cet ensemble monumental, une résidence présentant de nombreux sols mosaïqués témoigne dans son état actuel de la dernière phase du site. Le temple était à cette date réutilisé comme baptistère pour une basilique construite au nord de l’ancien lieu de culte. Une deuxième église est attestée à côté des thermes. Par ailleurs des maisons se superposent aux constructions antérieures.
La mission archéologique franco-tunisienne qui travaille sur le site depuis cinq ans dresse actuellement le plan détaillé du site, fouille les secteurs qui n’ont pas été fouillés et étudie la chronologie relative de ses différentes parties. La collaboration franco-tunisienne qui a été mise en place pour l’étude et l’exploration de ce site s’est donnée pour mission l’association systématique et la formation de jeunes chercheurs tunisiens et français au travail de terrain, à la publication et à la restauration du site de Jebel Oust.
Atlas archéologique de la Tunisie (série au 1/50 000), fol. 30 (XXVIII), n° 136
1. A. Ben Abed, H. Broise, J. Metzler, J. Scheid, « Activités archéologiques de l’École Française de Rome, Année 2000. Jebel Oust (Jbel al Wost) (Tunisie) », dans Mélanges de l’École Française de Rome. Antiquité, 113, 2001, 531-539 ; 114, 2002, 561-566 ; 115, 2003, 501-511 ; 116, 2004, 691-713 ; 117, 2005, 408-427 ; 118, 2006, 391-397.
2. A. Ben Abed, J. Scheid, « Sanctuaire des eaux, sanctuaire de sources, une catégorie ambiguë : l’exemple de Jebel Oust (Tunisie) », dans O. de Cazanove, J. Scheid (éd.), Sanctuaires et sources. Les sources documentaires, Centre Jean-Bérard, Naples, 2003, 7-14.
3. A. Ben Abed, J. Scheid, « « Nouvelles recherches archéologiques à Jebel Oust (Tunisie) », dans CRAI 2005, 321-349.
Ministère des Affaires étrangères et européennes, Commission des fouilles, Paris.
Institut National du Patrimoine, Tunis.
École française de Rome, Rome.
Musée National d’Histoire et d’Art, Luxembourg
Membres de l’équipe
Aïcha Ben Abed, Catherine Balmelle, Henri Broise, Jeannot Metzler, Christophe Petit, John Scheid

