Ammaedara, une ville de l’antiquité tardive
Une forteresse et ses aménagements

Ensemble de la citadelle

Mosaïque d’Ulysse
La citadelle d’Ammaedara est mentionnée par l’historien byzantin Procope, qui la range parmi celles construites dès la reconquête de l’Afrique sous Justinien, à partir de 533, pour contenir le danger représenté par les Maures, c’est-à-dire les tribus indigènes d’origine berbère. Bâtie près d’une source au bord de l’oued dont elle surveillait le passage, elle dessine un trapèze irrégulier qui couvre plus de 2 hectares. Les murailles en grand appareil remploient des blocs empruntés aux constructions romaines. Plusieurs tours renforcent les points les plus exposés (portes, angles, inflexions des murs). Un chemin de ronde couronnait l’enceinte.
Il semble que l’intérieur était entièrement bâti, puisque l’étude d’un secteur complet de son emprise, autour d’une église (basilique VII) montre une très grande densité de bâtiments, parfois ruinés quand l’église est en usage au VIème siècle. Celle-ci, découverte et fouillée à partir de 1996, est construite sur une terrasse en remblai au dessus des niveaux romains : ses fondations s’appuient partiellement sur une rue romaine. Elle utilise également des murs plus anciens. Elle possède un plan à trois nefs avec une abside surélevée et un chœur avancé. L’entrée, discrète, se fait par une ruelle qui longe son côté nord depuis la rue principale. Un petit cimetière d’une dizaine de tombes s’est installé en façade, autour de la sépulture d’un évêque. La fouille a livré beaucoup de mobilier, dont une « table d’ombres » réalisée à la demande l’évêque Hyacinthe, une inscription qui donnait, pour chaque mois l’heure du jour en fonction de la longueur d’une ombre.

Mosaïque funéraire

Mosaïque funéraire
Une autre église, partiellement fouillé vers 1930, mais dont l’étude a été reprise avec succès, est spectaculaire, puisqu’une partie du premier étage est encore conservée. Adossée au rempart, elle comportait en effet des tribunes, c’est-à-dire une galerie qui, au dessus de chacune des nefs latérales, pouvait accueillir des fidèles. L’aménagement le plus intéressant est celui de l’abside qui comportait sur son pourtour un dispositif de colonnettes portant des niches, puis un cul-de-four, que l’on retrouve dans une autre église d’Ammaedara et dans l’église du Dar el-Kous au Kef.
Les transformations de l’urbanisme : de la ville romaine à la ville arabe
Devant l’ampleur de la citadelle, on s’est interrogé sur les rapports qu’elle entretenait avec la ville romaine qui l’a précédé : s’était-elle établie dans une cité encore en pleine activité, ou les constructions byzantines s’élevaient-elles parmi des bâtiments déjà en partie ruinés ? Il est encore difficile de répondre à cette question. On observe toutefois que plusieurs églises édifiées au IVème s. furent transformées à l’époque byzantine, ce qui implique qu’elles étaient encore en usage, mais aussi que certaines d’entre elles avaient peut-être besoin de travaux (basiliques I et II). En outre, les fouilles à l’intérieur de la citadelle ont mis en évidence les bouleversements qui se sont opérés dans l’organisation de l’espace par la création de terrasses là où l’on trouvait à l’époque romaine une circulation continue. Une ville arabe ? Menées de manière attentive, les recherches ont mis en évidence, dès leur reprise, l’existence de niveaux d’époque arabe, comme on en trouve désormais dans bien des villes de l’ancienne Afrique byzantine (Sufetula, Uchi Maius...) : une poterne de la muraille byzantine avait été entièrement reprise, réduite en dimensions, et adaptée à un état dans lequel le sol était sensiblement plus haut. Des constructions sommaires venaient s’appuyer contre l’enceinte et, un peu plus loin, s’élevait un bâtiment monumental, construit en partie sur des murs romains, doté de trois nefs séparées les unes des autres par des colonnes prises aux édifices romains et posés, en guise de base, sur des chapiteaux renversés. La nature de ce bâtiment nous échappe encore (on a pensé à une mosquée), mais il montre qu’entre la fin du VIIème s. et sans doute le Xème s. un ville ou un gros bourg existe encore à Ammaedara. On peut ainsi mesurer plus clairement, ici comme ailleurs, le processus de lente désintégration qui conduit de la ville antique à la ville médiévale.

Le grand monument à auges
Une architecture originale
C’est enfin une réflexion sur la ville de la fin de l’antiquité dans son ensemble que la mission a entreprise, en étendant ses travaux à quelques secteurs en dehors de la citadelle, notamment autour des deux énigmatiques « monuments à auges » spectaculairement conservés, au plan caractéristique qui se retrouve à quelques reprises dans la région d’Ammaedara et de Théveste, en Algérie, mais dont la fonction précise échappe toujours. Sans doute doit-elle être mise en rapport avec des distributions (ou des perceptions d’impôts) en nature. La fouille en cours a déjà apporté des éléments nouveaux d’un grand intérêt pour ces deux monuments et l’histoire de la ville à la fin de l’antiquité.
Restitution de trois églises d’Ammaedara
![]() Restitution de la basilique I d’Ammaedara. VIème siècle après JC. Restitution J.-M. Gassend |
Restitution de la basilique II d’Ammaedara. VIème siècle après JC. Restitution J.-Cl. Golvin |
Restitution de la basilique III d’Ammaedara. VIème siècle après JC. Restitution J.-Cl. Golvin |
![]() Restitution de la basilique par Jean-Claude Golvin |






