
Le complexe monastique de Velika Gospa
L’église de Velika Gospa (Santa Maria Alta) près de Bale en Istrie (Croatie) figure au centre d’un complexe monastique probablement fondé dans la seconde moitié du VIIIème siècle. Cinq campagnes de fouilles (1995-1999) ont mis en évidence une série d’adaptations et de modifications apportées à un site d’une exceptionnelle longévité (plus d’un millénaire). On a ainsi pu relever dans le sanctuaire la succession de trois états de construction qui démontrent le souci de conserver à cet espace une forte signification cultuelle.
La découverte d’un riche mobilier liturgique et plus encore de douze chapiteaux végétaux ou à entrelacs d’époque carolingienne confère à cet ensemble une importance majeure : rares en effet sont les établissements de cette période dont la fouille fournit une telle diversité de vestiges artistiques.
Présentation

La faiblesse des sources textuelles relatives à l’établissement monastique de Velika Gospa contraste avec l’importance des découvertes - annoncées par de premières trouvailles en 1955 - qui résultent des fouilles systématiques entreprises depuis 1995. Situé à l’intérieur des terres, non loin du point culminant d’une douce colline offrant une large perspective sur l’espace littoral au sud de Rovinj (Rovigno), ce complexe de bâtiments claustraux se distingue en effet par la variété de ses vestiges d’époque carolingienne (2ème moitié du VIIIème siècle).
L’étude des quelques sources répertoriées laisse supposer que notre monastère serait celui de Santa Maria de Cereto/Cireto, dépendant de celui de Saint-André sur l’« Ile Rouge » en face de Rovinj, et qu’il aurait été concédé aux moines du Mont Cassin vers le milieu du IXème siècle. L’arrivée de moines italiens aurait certainement donné lieu à des aménagements architecturaux ou au moins liturgiques. Cette piste demande à être creusée.
Sans doute succède-t-il à un établissement antique. Des excavations menées au Nord-Ouest et au Sud-Est des murs en élévation de l’église moderne ont en effet révélé des structures remontant à l’époque romaine. Aussi le remploi de matériaux païens (chapiteaux, fût de colonnes, autel) répond-il à d’évidentes raisons pratiques. Il atteste également la volonté de confirmer la christianisation définitive de cet espace. Toutefois, le mouvement qui préside à l’implantation du monastère paraît se rapporter en premier lieu à la modification des conditions religieuses et politiques affectant la région. Il est remarquable de constater en effet que le passage de l’Istrie sous l’autorité carolingienne en 788 coïncide probablement avec l’édification de l’établissement. On peut situer sa fondation aux environs de cette même date grâce à la mise à jour d’un groupe de douze grands chapiteaux végétaux ou à entrelacs. Dès lors il y a tout lieu de penser que la communauté installée à Velika Gospa obéissait à la règle de saint Benoît. De plan basilical, l’église alors construite compte une nef et deux bas-côtés, limités par deux files de six colonnes, s’achevant chacun par une abside semi-circulaire à l’intérieur, polygonale à l’extérieur. L’aire orientale contiguë à l’édifice est occupée par une série de salles constituant sans doute l’aile d’un cloître sûrement aménagé en terrasses en raison de la déclivité du terrain. Aux IXème-Xème siècles, une chapelle (memoria), bientôt ornée de fresques, est adjointe au sud-ouest du site.

Réduite à l’époque romane, l’église, pourvue d’un nouveau pavement, demeure desservie par les moines puis par des chanoines réguliers jusqu’à la fin du Moyen Age. À cette époque la communauté des Augustins semble abandonner ce couvent. Toutefois le souvenir de leur présence, associé à la dévotion mariale explique que de nombreuses tombes trouvent place à l’intérieur et aux abords du sanctuaire, tandis que des fragments de céramiques permettent de croire à la perpétuation de célébrations liturgiques au XVIème siècle encore.
Ruiné cependant au siècle suivant, l’édifice connaît en 1789 un troisième aménagement, dont fait mention une inscription placée au-dessus de la nouvelle entrée. Ramenée à la surface de la simple nef du second état, l’église « baroque » intègre plusieurs blocs du sanctuaire primitif dans la base de ses murs. De nouvelles sépultures, souvent sommaires, permettent encore de vérifier la signification propitiatoire du lieu, qui est seulement désaffecté en 1953.

