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Europe-Maghreb

Résultats : Enquêtes archéométriques

Depuis 2003, un programme d’analyses physico-chimiques de la céramique amathousienne archaïque, mené en collaboration avec le CNRS (UMR 5060, Bordeaux), vise à caractériser cet artisanat si prolifique du royaume. L’enquête porte sur les productions locales, aisément identifiables en raison de leurs spécificités morphologiques et stylistiques (formes écrasées, géométrisation des motifs figurés, comme les oiseaux (Fig.17). Malgré une évidente parenté stylistique, les différentes séries céramiques d’Amathonte présentent une grande variété de pâtes, et il s’agit donc de mieux comprendre les choix de matières premières et de techniques afin d’appréhender, en l’absence de découverte d’atelier, les modalités de la production.

Les pâtes. Les pâtes des céramiques amathousiennes présentent une grande variété de teintes de surface (à dominante rouge ou verte) et de texture (de fine à grossière). L’étude de la composition des terres cuites a mis en évidence deux groupes distincts : les céramiques culinaires, dont l’argile est pauvre en calcium, toutes les autres céramiques entrant dans le groupe des céramiques calcaires. La variété des teintes de surface est due aux conditions de cuisson : les pâtes rouges indiquent une cuisson à relativement basse température ; les pâtes vertes une cuisson à haute température. Par ailleurs, toutes les céramiques, quelle que soit leur texture, contiennent les mêmes types d’inclusions : c’est probablement la même argile, plus ou moins dégraissée, qui a été utilisée pour réaliser des vases à paroi fine comme des pithoi. L’échantillonage, élargi à des fragments de figurines de terre cuite, a révélé que potiers et coroplathes utilisaient les mêmes matières premières et les mêmes techniques de décor.

Les décors. Le répertoire décoratif des céramiques amathousiennes archaïques offre quelques particularités. Dès le début de l’époque archaïque, et de manière de plus en plus fréquente au cours de la période, les vases traditionnellement décorés sur engobe rouge ont une surface noire (Fig.18). Le nombre et la qualité de ces vases indiquent qu’il ne s’agit pas de ratés de cuisson. Les analyses prouvent que vases à engobe rouge et à engobe noir sont réalisés à partir de la même argile et grâce aux mêmes techniques décoratives. La différence est due à un mode de cuisson différent, sciemment recherché. Les potiers jouent volontiers sur l’association des deux couleurs sur un même vase : en variant les empilements de bols dans le four, ils arrivent à obtenir des vases dont la surface intérieure est rouge tandis que la surface extérieure est noire, ou inversement. Autre particularité, les potiers amathousiens créent une variante de la technique chypriote Bichrome (décor peint en noir et rouge sur surface claire), en jouant sur deux teintes voisines (gris et mauve, Fig.19). On a longtemps considéré que cette technique consistait en l’emploi d’une même base colorante, plus ou moins délayée. Or, les analyses ont montré que les matières colorantes utilisées pour ces vases étaient les mêmes que celles utilisées pour les vases Bichrome : encore une fois, c’est un jeu sur le mode de cuisson, réductrice, qui explique la différence.

La collaboration entre archéologues et physiciens-chimistes offre un éclairage passionnant sur l’artisanat archaïque d’Amathonte. Tout comme l’étude stylistique a mis en évidence la cohérence des productions amathousiennes, les analyses physico-chimiques ont souligné l’inventivité des potiers d’Amathonte qui, sans jamais s’affranchir des techniques traiditionnelles chypriotes, ont su renouveler leur répertoire, en jouant notammment sur les modes de cuisson. Les résultats obtenus témoignent de l’apport essentiel de l’archéométrie, pour des questions qui ne touchent pas seulement à la datation et à la provenance des matériaux, domaines où l’on cantonne trop souvent cette discipline.

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