L’organisation des sites pendant la phase Barajas

Vue aérienne des sites de Nogales
et Los Toriles
La distribution et l’organisation interne des sites nous offrent une image de l’organisation politique et sociale des habitants du massif. La plupart des sites répertoriés datant de la phase Barajas, c’est logiquement la période sur laquelle nous avons le plus de données.
On constate d’abord que la plupart des sites se concentre sur le versant nord du massif. Chaque établissement est délimité par les ravins plus ou moins profonds qui entaillent perpendiculairement le versant. À l’échelle de chaque interfluve, les structures les plus importantes se situent généralement sur des emplacements élevés naturellement ou artificiellement qui offrent une vue dégagée sur la plaine. La majorité des terrasses d’habitat modeste se trouvent dans la partie moyenne et basse du versant où elles s’organisent selon un réseau plus ou moins dense.
Les dimensions et la nature des structures observées montrent qu’il existe une différenciation certaine entre les sites. À cet égard, le site de Nogales se distingue nettement par des bâtiments dont la monumentalité et la complexité sont sans égal. On ne compte pas moins de huit grands complexes architecturaux étagés le long d’un étroit éperon délimité par deux profonds ravins. Il est fort probable que Nogales corresponde au centre politique et religieux du massif. L’importance du site est soulignée, en outre, par la présence d’une place forte (Los Toriles) localisée juste en amont de celui-ci : il s’agit d’un vaste éperon barré par une imposante muraille de pierre de plus de 600 m de long.
Parmi les innombrables structures repérées en prospection, les constructions monumentales constituent un indice important pour comprendre l’organisation socio-politique. Il est intéressant de constater qu’elles obéissent, pour l’essentiel, à deux modèles spécifiques révélés par l’association d’éléments récurrents. Le premier s’apparente au modèle mésoaméricain de la place cérémonielle. Il est constitué d’un à trois temples (cf photos ci-dessous) sur base pyramidale qui délimitent une place au centre de laquelle on observe fréquemment les vestiges d’un petit autel carré. La vocation religieuse de ce type d’ensemble ne fait pas de doute. Le second modèle est plus original et associe deux structures spécifiques : d’une part, un bâtiment complexe dont l’espace interne est divisé en de nombreuses pièces (cf photos ci-dessous) et pour lequel on peut envisager une fonction résidentielle et/ou administrative ; d’autre part, un édifice de plan carré ou rectangulaire dont le vaste espace intérieur est pourvu d’un péristyle délimitant un atrium (cf photos ci-dessous). La configuration de ce dernier permet de supposer qu’il était employé comme un lieu d’assemblée à caractère politique et cultuel. Ils préfigurent de toute évidence les salles hypostyles à atrium qui caractérisent l’architecture toltèque du Mexique central.
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On remarquera que les deux complexes que nous venons de distinguer sont souvent localisés à proximité l’un de l’autre, ce qui laisse présager une différenciation spatiale des activités liées au pouvoir et à l’idéologie : dans un cas, le caractère religieux est prégnant, dans l’autre, les fonctions politiques et administratives semblent prépondérantes. La présence de ces deux complexes associés à Nogales comme sur des sites voisins suggère une organisation socio-politique homogène à l’échelle du massif. De fait, la continuité de l’occupation sur une grande partie du versant nord du massif suggère que les différents sites formaient en réalité une seule et même entité dont Nogales constituait le centre.





