

La Patagonie est un territoire plus grand que la France et à la géographie très contrastée. D’un côté, les grands plateaux desséchés des steppes du versant atlantique ; de l’autre, la côte pacifique, une des plus pluvieuses du monde, entaillée de fjords et parsemée d’îles et d’îlots qui s’étendent sur plus de 1 600 km de l’île de Chiloé jusqu’au Cap Horn. Entre les deux, la Cordillère des Andes qui assure la frontière entre l’Argentine et le Chili et dont le grand glacier représente,une barrière infranchissable de près de 500 km.
Le peuplement humain de la Patagonie correspond à cette division. Des chasseurs terrestres occupent depuis douze millénaires les steppes atlantiques et les reliefs rocheux des piémonts de la Cordillère. Plus tardivement, vers le milieu de l’Holocène, des nomades marins se sont installés dans le territoire maritime de la façade pacifique, entre les « Quarantième grondants » et les « Cinquantième hurlants ».
Tout opposait ces deux groupes de chasseurs-cueilleurs1 : la langue, l’économie, le mode de vie, et jusqu’au physique. Ainsi les « géants » Patagons rencontrés par Magellan côté atlantique étaient très différents des petits Indios canoeros (en canot) des archipels, parfois considérés comme des « nains ». Ces cultures se sont éteintes au XXème s. Les chasseurs terrestres ont les premiers disparus, le groupe continental tehuelche tôt décimé et absorbé par la colonisation ; les Selknams (ou Onas) de la grande île de Terre de Feu, victimes d’un véritable génocide entre 1880 et 1920. Paradoxalement les groupes des archipels, dispersés dans un territoire peu attrayant et donc peu convoité, ont mieux résisté. Néanmoins, victimes des maladies transmises par les navigateurs de passage, des brutalités des chasseurs de fourrure de mammifères marins, et de la surexploitation de leur principale ressource (les otaries), les Indiens canoeros sont réduits aujourd’hui à une vingtaine d’individus, pratiquement acculturés ; seuls quelques anciens pratiquent encore la langue. La plupart de cette poignée de survivants sont des Alakalufs (Kaweskar) regroupés au petit poste de Puerto Eden au centre des archipels ; et une seule représentante pure des Yamana qui occupaient l’extrême sud, du canal Beagle jusqu’au Cap Horn, vit encore à Puerto Williams, sur l’île Navarino.
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Curieusement, ce sont surtout les groupes maritimes de Patagonie qui ont attiré les scientifiques français. Dès la fin du XVIème s., les Indiens canoeros du détroit de Magellan 4 étaient décrits par deux ingénieurs, Duplessis2 et Delabat, embarqués dans une expédition maritime encouragée par Louis XIV. À la fin du XVIIIème s., Bougainville3 décrivait à son tour les indigènes qu’il rencontrait lors d’une escale sur l’île Louis-Le Grand (Carlos III). Puis en 1882/83, dans le cadre de la Première Année Polaire Internationale, la France était chargée de mission durant une année sur l’île Hoste, face au cap Horn. Ces travaux donnaient lieu à une publication encyclopédique, La Mission Scientifique du Cap Horn4, dans laquelle pour la première fois un volume était consacré à une véritable étude ethnographique de ces indigènes, les plus australs du monde. On y trouve aussi leurs premières représentations photographiques.

cl. Mission Scientifique du Cap Horn
En 1946 un ethnologue français, J. Emperaire, réalisait la dernière enquête sur les Alakalufs5 de Puerto Eden ; puis il enchaînait sur les recherches archéologiques, désormais seules sources d’informations sur ces populations. Après sa disparition accidentelle en 1958, les recherches françaises en Patagonie se poursuivirent grâce aux missions d’A. Laming-Emperaire de 1958 à 1968. Toutefois elles abordaient davantage le domaine des chasseurs terrestres.
Enfin, à partir de 1980, la Mission Archéologique de Patagonie (dir. D. Legoupil) reprenait la tradition de ces recherches en les recentrant sur le domaine maritime. Plus d’une centaine de sites ont ainsi été découverts, de Chiloé jusqu’au Cap Horn. Trois ont été fouillés et publiés sous forme monographique. Ces travaux ont permis de préciser le cadre géochronologique de l’adaptation maritime en Patagonie et d’en définir les principaux modèles culturels.



