
Shabwa, capitale du royaume de Hadramaout
La région du Hadramaout apparaît déjà dans le Livre de la Genèse mais sa principale ville, Sabata (Shabwa), n’est pas mentionnée avant le IIIème siècle av. JC dans les sources classiques.
Comme tous les établissements situés sur les bords du désert du Rub al-Khâli, Shabwa est tributaire de l’irrigation. Dans un climat hyper- aride, à l’hygrométrie très faible et à la température élevée, l’art des agriculteurs consiste à récupérer les flots des rares orages qui s’abattent au loin sur les hauts-plateaux, pour les répartir dans tous les champs.
Un premier établissement naît au début du second millénaire, mais il ne semble être capitale du Hadramaout que vers le VIIème siècle av. JC. Alliés pendant un temps au royaume de Saba, ses souverains affirment leur autonomie et leur domination sur la partie orientale de l’Arabie du Sud.
Du VIIème au IIème siècle avant JC, le Hadramaout tire l’essentiel de sa richesse de l’organisation du commerce de l’encens jusqu’aux rives de la Méditerrannée orientale. Plus tard, au tournant de notre ère, le Hadramaout bénéficie de sa double ouverture, terrestre sur le désert et maritime sur l’océan indien.
Saccagée une première fois au IIIème siècle, Shabwa survit toutefois jusqu’au Vème siècle.
Présentation générale du site
Le Hadramaout désigne, dans son sens étroit, la vallée qui s’étend parallèlement à la côte méridionale de la péninsule Arabe, approximativement de 48° à 51° de longitude Est. Cette vallée entaille des hauts-plateaux, le Jawl, qui dominent au Sud une étroite plaine côtière et au Nord les sables du désert de Rub al-Khâli. L’extrémité orientale de cette vallée dénommée Masilah débouche sur l’océan Indien aux environs du port de Sayhût. Cependant, dans son sens le plus large, le Hadramaout désigne une étendue beaucoup plus vaste comprenant tous ces hauts-plateaux, ses canions et ses oasis. Shabwa, située à 15°22 de latitude Nord, est l’une des métropoles antiques les plus méridionales du Moyen-Orient.

Le site, sur le cours inférieur du wâdî ’Atef, à près de 700 m d’altitude, se trouve encadré par de puissants escarpements de grès et de calcaires qui fournissaient des matériaux de construction aisément accessibles. La ville s’est développée dans un triangle de collines de schistes redressées, de façon parfois abrupte, par des poussées de sel. Des mines creusées à ciel ouvert, dans la dépression centrale d’al-Sabkha, étaient sûrement exploitées dans l’Antiquité, elles le sont encore de nos jours. Ces hautes collines ont permis à la ville de se protéger des crues violentes et de dominer ses voies d’accès.
Car la fortune de Shabwa vient en partie de sa situation géographique. Flanquant les abords méridionaux du wadi Hadramaout, elle était en relation avec ses affluents par des passes aménagées. La ville se trouve ainsi à l’intersection de plusieurs pistes, les unes la reliant aux régions orientales du Hadramaout, les autres orientées au sud-ouest vers le royaume de Qataban, les autres enfin au nord-est vers Ma’în et de là vers l’Arabie du Nord et la Méditerranée orientale.
C’est le prestige de ce commerce caravanier, autant que celui de la légendaire reine de Saba, qui a suscité l’interêt des premiers voyageurs. Comptant sans doute retrouver les forêts d’arbres odoriférants, les villes caravanières et les archives, ils tentèrent dès 1835 - date de la première expédition de Théodore Arnaud - de pénétrer dans cette Arabie dite « heureuse ». Mais les quelques centaines d’inscriptions qu’ils en rapportèrent ne leur permit guère une meilleure connaissance de ce négoce. Au moins la langue écrite, dite sudarabique, fut-elle mieux connue et déchiffrée dès les années 1870-1880.
Aux épigraphistes succèdent les archéologues, allemands tout d’abord qui fouillent le temple d’al-Huqqa près de Sanaa en 1931, britanniques qui choisissent le sanctuaire d’al-Huraydha en Hadramaout, américains ensuite qui dégagent les sites de Hajar bin Humayd, de Tamna’ (la capitale de Qataban) et de Ma’rib (la capitale de Saba) en 1950-1951. Le site de Shabwa fut exploré par H. St. J.B. Philby en 1936 et même partiellement fouillé par R.A.B. Hamilton en 1938 ; ce dernier supposa que la ville n’était qu’une vaste nécropole. Le pays longtemps fermé pour diverses raisons ne s’ouvrit de nouveau qu’en 1974, date de la première mission française à Shabwa, située dans l’ex- République Démocratique du Yémen.

